Cauchemar Audio : Folterkammer - Die Lederpredigt

Par Verveneyel

Je dois vous faire un aveu, chers auditeurs, même si je suis globalement bon public, il est relativement rare que la musique me glace d'effroi de nos jours. Attention, il y a beaucoup de choses qui m'enthousiasment, énormément même, mais là je vous parle vraiment d'être saisi par cette émotion à la fois froide et jouissive quand vous faites l'expérience d'une œuvre sombre, oppressante, poignante; une horreur radicale et bien faite.

Pour ne rien vous cacher, l'album qui nous intéresse ce jour me glace d'effroi, et de plaisir, d'écoute en écoute. Cet album, c'est le premier essai de Folterkammer, un groupe qui compte notamment le gratteux d'Imperial Triumphant, la chanteuse d'opéra Andromeda Anarchia, ainsi que Brendan McGowan (de Coffin Sore notamment) et un certain Darren Hanson ; sorti en toute fin d'année 2020, au point que je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt et qu'il ait échappé à mon top international.

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Alors certes, on pourra dire que Folterkammer est moins chaotique dans sa composition qu'Imperial Triumphant (puisque le projet souffre forcément la comparaison), ceci dit, Die Lederpredigt est loin d'être un album simple ou pauvre, et je dirais que l'exact nécessaire est accompli pour construire une atmosphère très imagée et reconnaissable. Folterkammer, c'est un projet profondément Gothique, baigné dans une aura mystique terrifiante. En termes de sous-genres, on se situe dans une espèce de Blackened Doom Symphonique, très agressif, épais, et sombre. Même les moments plus épiques et posés comme le riff principal de "Das Magnificat" cachent une menace. Tout participe à cette sombre alchimie. Qu'il s'agisse des touches symphoniques, évidentes mais pas grandiloquentes comme chez Septicflesh, la rondeur des guitares parfois dissonantes, la reverb baveuse, le claquement frénétique de la caisse claire, on est comme aspiré dans la tourmente musicale dont Andromeda est la maîtresse de cérémonie.

La chanteuse se place en effet en impératrice sanglante (vous ai-je dis que Folterkammer signifie "chambre de torture" ?) de l'oeuvre toute entière, avec une variété vocale qu'on ne soupçonne pas forcément chez les vocalistes lyriques. Immense et magnifique comme la galaxie qui lui donne son nom, elle nous emmène en voyage entre la beauté aérienne de "Das Gebet", les horreurs démoniaques de "Die Elegie" (avec parfois des hurlements stridents qui ne déplairont pas aux fans de Cradle of Filth et Dir En Grey, c'est aussi frappant dans "Das Sinngedicht"), la folie cauchemardesques d'envolées lyriques comme dans "Das Magnificat" ou "Die Nänie"... Pour finir, l'ordre des morceaux est particulièrement bien pensé, au point où on pourrait penser à un concept, car "Die Nänie" sonne vraiment comme une sorte de réveil ; tandis que "Das Zeugnis" est tout bonnement l'apothéose de l'album : le morceau le plus long, le plus intense, le plus épique, le plus changeant, un véritable bilan de tout l'album. Je vous garantis que ce morceau m'a coupé le souffle.

Le visuel de l'album est également soigneusement choisi, avec à la fois le fort contraste entre le rouge du cadre et le blanc terne du centre de l'image, qui crée dès le départ une certaine violence visuelle ; mais aussi le mélange de grandeur, de terreur et de froideur qu'on ressent à travers ces arches de cathédrales, hautes, pointues, surplombant des monceaux de crâne et une Andromeda Anarchia centrale, grandiose, superbe comme une madonne et froide comme un gisant. Là encore, ça ne manque pas de goût.

C'est un excellent premier album, très fort émotionnellement, très sombre, et très rafraichissant dans son approche. Vous ne pouvez pas y échapper. Quelque part, ça fait beaucoup de pression pour les prochains opus à venir, il faudra maintenir la barre aussi haute, mais en attendant, on peut se réjouir ici d'un vrai coup de génie.

https://gileadmedia.bandcamp.com/album/die-lederpredigt

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