Saigner, ou l'art de devenir quelqu'un : Memoirs of a Mad Man - Mad Man Pondo & John Coster

Par Verveneyel

Avec cet article, je m'attaque à une littérature à laquelle je n'ai pas l'habitude : les récits de vie. Plus encore, on attaque aujourd'hui une autobiographie.

Pour tout vous dire, c'est probablement la première que je lis de toute ma vie, n'étant pas spécialement attiré par ce genre de récit, a fortiori à l'époque où n'importe qui sort un livre pour raconter au monde entier, et fini quelques mois plus tard dans les étagères d'un magasin de déstockage.

Je sais, j'ai très probablement loupé des choses, et c'est cette première tentative qui me l'illustre.

Vous le savez car j'ai eu le temps de vous en parler en long en large et en travers dans un dossier : j'aime beaucoup le catch. C'est un plaisir coupable. Et comme je l'ai peut-être déjà sous-entendu, le produit que propose la WWE depuis quelques temps m'ennuie, et dans la mesure où la majorité de mes athlètes préférés ont été licenciés sur un coup de tête par le vieux Gargamel qui dirige la compagnie, j'ai pour ainsi dire délaissé le catch mainstream pour explorer les recoins plus underground. Ce faisant, je suis notamment tombé en amour avec le milieu Hardcore, relativement pauvre sur le plan de la narration, mais totalement imbattable sur le plan du grand spectacle.

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Quand j'aime quelque chose, j'ai tendance à vouloir mener l'enquête, creuser, apprendre, comprendre ; et c'est ainsi que de fil en aiguille je me suis retrouvé à connaître l'existence de Mad Man Pondo.

Après l'avoir entraperçu pêle-mêle dans un documentaire sur les femmes du Deathmatch et avoir appris qu'il s'agissait d'un ex de Sarah Logan (a.k.a Crazy Mary Dobson), j'ai très vite fini par découvrir qu'il s'agissait là d'un gros nom de l'underground et du catch hardcore, ce qui a fini de me convaincre d'acheter son livre, "Memoirs of a Mad Man", coécrit avec John Coster.

Chers lecteurs, je dois vous dire que je me suis régalé !

Pour tout vous dire, l'individu auquel on a affaire n'est pas spécialement quelqu'un de tiré à quatre épingles, et le récit est tout à fait brute de décoffrage. C'est un premier point très agréable. On a vraiment l'impression qu'on s'installe dans un canapé avec l'auteur et qu'il nous raconte sa vie.

Sa vie, il la raconte d'ailleurs de manière assez décousue, pas strictement dans l'ordre chronologique, mais plutôt à travers une série d'anecdotes thématiques, ponctuées par le point de vues d'autres amis, connaissances, témoins.

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que pour un relatif anonyme, Pondo a vécu une vie de dingue. Alors bien-sûr, dans le lot, on a une bonne grosse dose de catch hardcore, à travers tous les voyages et les fédérations qu'aura connu le Mad Man, mais aussi tous les coups les plus dangereux qu'il aura pris un peu partout sur son corps (on apprend d'ailleurs que si vous n'avez pas d'argent pour le médecin, vous pouvez refermer un crâne à la superglue, et être encore là, à 52 ans, pour le raconter) pour impressionner ses amis et ses idoles. C'est sûr, on aura plus d'une fois l'occasion de faire des grimaces de dégoût en imaginant la douleur occasionnée par certaines prouesses. Mais pas que !

Parce que Mad Man Pondo est un homme culotté, même en dehors du ring : il ne recule devant pas grand chose. Et cette audace lui aura fait rencontrer une foule de gens incroyables, des catcheurs bien-sûr, mais aussi des gens que vous connaissez peut-être un peu plus, comme Robert Englund (Freddy), Kane Hodder (Jason Voorhees), Marilyn Manson, Billy Corgan, ou encore le regretté Oderus Urungus de GWAR.

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Et sur chacune de ces rencontres, il y a toujours quelque chose de loufoque à apprendre, parce que Pondo n'a semble-t-il jamais perdu un certain grain de folie enfantin, et n'était jamais absent quand il s'agissait de faire des farces. En ce sens aussi, l'autobiographie est très agréable à lire, et difficile à vous décrire sans vous spoiler. Ceci dit, je citerai notamment un chapitre où Mad Man Pondo joue avec un scammeur de réseau sociaux, en inventant un scénario assez affreux tout en faisant tourner l'escroc en bourique. Je pense aussi à une certaine photo de Pondo avalant un énorme sandwich, pendant que le magicien David Blaine exécutait un tour qui consistait à rester très longtemps à jeun.

Je parle d'anecdote et de photos, et c'est aussi ce qui rend l'expérience immersive : quasiment tout ce que raconte l'auteur est documenté, sur internet, en DVD, sur les réseaux ; si bien qu'on ne peut pas l'accuser, comme certaines autres, de se donner le beau rôle et d'embellir l'histoire. Systématiquement, quand Pondo, ou un témoin, dit "allez vérifier sur youtube", cela se vérifie à chaque fois.

Ce qui ressort également de cette lecture, de par les nombreuses interventions de ses différents amis et collègues, c'est la générosité dont il a fait preuve tout au long de sa carrière pour propulser en avant les gens en qui il croyait ; pour permettre également aux femmes de se faire un nom dans le catch (avec notamment des gens qui ont acquis un statut très important comme Su Yung), pour aider certains autres à percer au Japon, bref, pour partager l'aventure. C'est un athlète dont one ne peut pas douter de la loyauté envers ses proches, et ce ne sont pas Ian Rotten ou les Insane Clown Posse qui diront le contraire.

Maintenant il faut avertir le lecteur : ce n'est pas un livre tout public, et ce n'est pas un livre politiquement correct. Il y a de la violence, du cul, une certaine proximité avec le monde de la pornographie parfois, mais ce n'est, il faut le dire, jamais quelque chose de sexiste ou de dégradant. Plutôt un rapprochement entre deux mondes marginaux qui tentent, à leur manière d'exister. Sans nécessairement faire preuve de complaisance excessive, la vie de Mad Man Pondo, c'est aussi la représentation d'une réalité, qui secouera probablement les plus bigots, mais qui a droit à son espace de parole, et qui mérite de faire marcher un peu l'imaginaire.

Ceci posé, le livre vous promet de franches heures de rigolades, vous donnera envie de dépoussiérer quelques vieilles cassettes, voire votre PS2 ; avec les mal foutus mais pas moins amusants "Backyard Wrestling". C'est un voyage immersif dans un univers à part, raconté avec sincérité et amour. C'est une espèce de grosse séance "album photo" entre copains, et rien que pour ça, ça vaut le détour.

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