INTERVIEW - Saad Jones

Par Mika Hell

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"EN CHAIR ET EN MASQUE ", L'ECRIVAIN SAAD JONES NOUS FAIT L'HONNEUR DE REPONDRE A NOS QUESTIONS FIDELES LECTEURS. ET DE LECTURE IL EN EST EVIDEMMENT QUESTION, A L'APPROCHE DE LA SORTIE DE LA DERNIERE OEUVRE DE CETTE TRILOGIE D’ANTHOLOGIE. L'ECRITURE ET LE METAL, PASSIONNANT.

TOUT D’ABORD UN GRAND MERCI POUR CETTE INTERVIEW POUR BLASTPHEME WEBZINE, POURRIEZ-VOUS VOUS PRESENTER POUR NOS LECTEURS ?

Je suis un écrivain français, auteur de trois romans qui composent une trilogie : VIOLENT INSTINCT, RED ROOTS et DARK DESIRES ; ce dernier devant sortir en juin 2022. J’aborde plusieurs thèmes dans mes romans, mais les deux les plus prégnants sont : le Metal, ma passion depuis plus d’un quart de siècle, et le voyage, puisque je voyage beaucoup et vis à l’étranger depuis une quinzaine d’années.

Certains de tes lecteurs auront peut-être aperçu mon masque noir et or ici-ou-là dans des festivals Metal, car ma démarche d’écrivain se double d’une démarche artistique mettant en scène un personnage et préparant mes visiteurs à rentrer dans mon univers.

AVANT DE PARLER DE « RED ROOTS », VOTRE DEUXIEME OUVRAGE MAIS EGALEMENT DU PREMIER, L’EXCELLENT « VIOLENT INSTINCT », ET BIEN EVIDEMMENT DE VOTRE PROCHAIN, POUVEZ-VOUS NOUS DIRE COMMENT VOUS EST VENUE LA PASSION DE L’ART DE L’ECRITURE ?

J’ai découvert l’écriture assez tard. J’ai toujours dessiné, peint, joué de la musique (je suis batteur), mais la nécessité d’écrire s’est imposée à une période tardive de ma vie pendant laquelle mes voyages ne me permettaient plus de continuer à créer comme je l’avais toujours fait. Quand on a assez d’imagination, écrire sur une feuille ou sur un clavier d’ordinateur portable est possible même dans un train ou un terminal d’aéroport.

J’avais une histoire en tête depuis longtemps, et comme je ne pouvais pas matériellement la dessiner, je l’ai posée en quelques mots. A l’époque, je vivais d’ailleurs à Beyrouth, ville dans laquelle se développe une partie de l’intrigue de VIOLENT INSTINCT.

Depuis les premiers paragraphes de ce premier roman, écrire est devenu pour moi un besoin vital. En ce moment, je suis entre deux romans, deux sagas même, et je suis en manque…

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« VIOLENT INSTINCT » EST UN ROMAN AVEC EN TOILE DE FOND LA MUSIQUE METAL, ON Y RETROUVE D'UN COTE UN GROUPE ET DE L'AUTRE UN FAN DE CELUI-CI. LES DIFFERENCES CULTURELLES ET DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS PAYS Y SONT EGALEMENT IMPORTANTES. QUELS ONT ETE VOS INSPIRATIONS POUR CE ROMAN ?

J’ai vécu dans plusieurs pays, voyagé dans un certain nombre, et côtoyé des gens de milieux très différents, donc mon écriture se nourrit de ces rencontres et de ces découvertes. Mes voisins de palier depuis quinze ans sont Russes, Ukrainiens, Indiens, Égyptiens, Anglais, Irakiens, Libanais ou Australiens. Mon imagination s’est nourrie des histoires qu’ils m’ont racontées, même si mes romans comportent beaucoup de situations que j’ai vécues réellement, notamment au Liban et à Madagascar.

Ensuite, moi-même metalleux, il m’est apparu évident d’écrire sur le Metal, sa communauté, en me basant sur son Histoire, ses codes et ses légendes, mais aussi sur mon expérience de musicien, de spectateur et de fan. J’avais surtout envie d’écrire des romans dans lesquels les metalleux ne sont pas des caricatures car, en général, dans la littérature moderne, les metalleux sont décrits comme des personnages sordides et sans cervelle, avides de bière et d’hémoglobine. Je voulais éviter cela à tout prix et décrire le Metal tel que je le connais, sous ses aspects les plus noirs mais aussi ses aspects les plus respectables et les plus brillants. Tilio, le héros de VIOLENT INSTINCT, est, au début du roman, une sorte de caricature de lui-même, pour ensuite se révéler.

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LE MOINS QUE L’ON PUISSE DIRE C’EST QUE L’ON VOYAGE INTELLECTUELLEMENT ET GEOGRAPHIQUEMENT DANS VOS ROMANS ! POURRIEZ-VOUS NOUS PARLER DE LA TRAME PRINCIPALE DE VOTRE SECONDE OEUVRE « RED ROOTS » ?

Ayant passé quelques années au Liban et en Grande Bretagne, tu retrouves évidemment ces deux pays dans VIOLENT INSTINCT. Ensuite, j'ai visité Madagascar comme la Norvège donc mes expériences dans ces pays servent de toile de fond à RED ROOTS. Quand j’écris, ce sont des situations, des visages, des couleurs et des parfums qui me reviennent pour agrémenter mon récit.

Pour RED ROOTS, l’idée m’est venue en découvrant que le Metal existe aussi en Afrique, et qu’il y avait des metalheads africains aussi passionnés que les autres metalheads de la planète. Ensuite, je trouvais intéressant de mettre en contraste l’humide et chaud Metal africain avec le glacial Black Metal scandinave. Le choc des cultures est un ressort extraordinaire pour l’écriture de romans, et cette rencontre entre le Metal bouillant de l’Hémisphère sud et le froid Metal du Nord ne pouvait que m’inspirer.

VIOLENT INSTINCT racontait l’histoire d’un chanteur anglais de Death Metal confronté à la guerre et ses violences, ainsi qu’à la célébrité et ses absurdités. RED ROOTS raconte le parcours d’une jeune malgache rebelle partie à la découverte des racines du Black Metal en Norvège. Je laisse tes lecteurs découvrir par eux-mêmes ce qui lie ces deux histoires. Mon nouveau roman, DARK DESIRES, vient couronner le tout.

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VOUS AVEZ FAIT LE CHOIX DE VOUS CREER UN PERSONNAGE AVEC VOUS-MEME, LE MASQUE ET VOTRE COSTUME EN SONT LA PREUVE. POURQUOI CETTE DECISION ? Y A-T-IL UN SENS A TOUT ÇA ?

Le « personnage » de Saad Jones, avec sa tenue sombre et son masque noir et or, s’est créé en parallèle de l’écriture de mon premier roman VIOLENT INSTINCT, car je souhaitais me présenter en public de manière plus élégante que l’homme que je suis, en cohérence avec le message humaniste que je souhaite passer dans mes romans. Cette couverture me permet aussi de protéger mon identité car je vis, travaille et voyage dans des pays où les libertés ne sont pas aussi garanties qu’en Europe.

Ensuite, je cherche la plupart du temps à donner du sens à chacun de mes choix, en particulier quand il s’agit d’illustrer la dualité des êtres que je développe dans mes romans. Par exemple, mon nom de plume est S(a)ad : « sad » en anglais veut dire « triste », alors que « saad » veut dire « heureux » en arabe. Ce contraste, tu le retrouves également dans mon masque, puisqu’il est noir et or, et reflète les dissensions dans ma propre personnalité.

Quand je rencontre mes lecteurs « en chair et en masque », j’essaie aussi d’avoir une approche me permettant de dépasser les apparences, et d’offrir une expérience unique à mes visiteurs (et à moi-même, car souvent je suis très ému par ce qu’ils me révèlent)

VOTRE TROISIEME LIVRE SORT BIENTOT, TOUJOURS AUX EDITIONS DES FLAMMES NOIRES. « DARK DESIRES » VA FINIR CETTE TRILOGIE D’ANTHOLOGIE. PAS TROP DUR DE METTRE FIN A CETTE HISTOIRE ? PEUT-ON AVOIR UN DEBUT DE RESUME SUR CE DERNIER ?

DARK DESIRES répondra aux questions que VIOLENT INSTINCT et RED ROOTS ont laissées en suspens. Comme à mon habitude, le début du roman n’a rien à voir avec les autres (il se passe dans les années 80), mais au fil de la lecture, des connections se font et entraînent le lecteur à revivre des scènes des précédents romans avec un nouvel œil, jusqu’à la grande scène finale qui scelle le sort des tous les personnages que j’ai créés.

Donc, dans DARK DESIRES, on retrouvera les mêmes personnages que dans VIOLENT INSTINCT et RED ROOTS, on retrouvera aussi les rues de Beyrouth et de Londres, la terre rouge de Madagascar et la terre noire d’Oslo, mais on visitera aussi le désert de l’Arizona et la lagune de Venise, ville pour laquelle j’ai un amour particulier.

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AVEZ-VOUS DEJA UNE IDEE DU PROCHAIN LIVRE ? OU UN THEME ? UN LIEU ? UN PERSONNAGE ? LA MUSIQUE METAL SERA TOUJOURS DANS VOS LIVRES VOUS PENSEZ ?

Comme écrire est devenu vital pour moi, je ne pourrais sans doute plus m’arrêter !

Je me laisse en général une année entre la fin d’un roman et le début d’un autre. Mon prochain roman sera sans doute aussi le début d’une série, puisque DARK DESIRES vient terminer la saga VIOLENT INSTINCT, donc je vais devoir recréer une famille de personnages et un fil conducteur.

Dans mes prochains romans, qui contiendront sans doute autant de référence au Metal et beaucoup d’autres voyages, je pense beaucoup de m’inspirer de l’Histoire (comme beaucoup de metalleux, je suis un féru d’Histoire), et développer ou redévelopper encore des thèmes qui me sont chers : l’écologie, le choc des cultures, la peur du fascisme, et les relations entre les hommes à travers les siècles.

COMMENT EST NE CET AMOUR POUR LA MUSIQUE METALLIQUE ? D’AUTRES STYLES VOUS INTERESSENT AUTANT A ECOUTER ? ON DIT SOUVENT QUE LE METAL EST UNE FAÇON DE VIVRE ET PAS QU’UNE MUSIQUE, LE PENSEZ-VOUS ?

Je suis arrivé au Metal de manière très traditionnelle, je pense. Adolescent, on m’a prêté une cassette, et une autre, puis j’ai acheté mon premier album, et ainsi de suite. Tout s’est fait par paliers : un peu de grunge au début, le Black Album un jour, le lendemain And Justice for All qui surprend un peu les oreilles, Chaos AD de Sepultura qui ne ressemble à rien puis qui soudain, d’un coup, te transporte dans un autre monde, puis Slaughter of the Soul de At the Gates qui t’amène à te dire que cette musique tu suivras toute ta vie.

A part du Metal, j’écoute beaucoup de podcasts (sur l’Histoire) mais j’aime également écouter un peu de musique électronique ou les grands chanteurs français. Des gens comme Brel ou Reggiani sont capables de me donner autant de frissons qu’un titre de Metallica.

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POUVEZ-VOUS NOUS DONNER LA LISTE DE VOS DIX ALBUMS PREFERES DE TOUS LES TEMPS ?

Les albums suivants sont des albums qui ont marqué ma vie. Même s’il y en a d’autres que je classerais dans mes préférés, ceux-ci sont entrés dans ma mémoire auditive et sont indéniablement reliés à des évènements ou des périodes particulières de ma vie :

The Wall de Pink Floyd : mes parents écoutaient cet album en boucle, et dans la tête du petit garçon que j’étais, un titre comme « Good Blue Sky » a sans doute laissé une empreinte indélébile.

Nevermind de Nirvana : mon premier vrai contact avec des guitares saturées et des chants déchirés. Ma première vraie « claque » musicale, sans retour.

ACDC Live : c’est étrange mais cet album m’a beaucoup fait rêver. Souvent, lycéen, je me planquais dans la nature et m’inventais des histoires en écoutant cet album à fond dans mon walkman.

The Black Album de Metallica : ma première vraie rencontre avec le Metal. Avec le Black Album, And Justice for all et Master of Puppets, j’avais conscience à l’époque que je commençais un voyage.

Chaos AD de Sepultura : Un album incroyable, qui m’a fait découvrir que le Metal pouvait être engagé, et surtout qu’il n’était pas qu’américain. Le Metal se joue aussi hors du monde anglo-saxon et peut se nourrir de toutes les cultures.

Demanufacture de Fear Factory et Slaughter of the Soul de At the Gates : deux albums sortis la même année qui ont définitivement planté dans mon cœur le pieux du Metal. Une énergie inouïe et le sentiment que le Metal était définitivement universel.

Al Nora Alila d’Orphaned Land : sans doute, pour moi, l’un des plus grands albums de Metal de tous les temps. Il a tout, c’est un concentré de vie, avec ses violences, ses angoisses, ses espoirs, de la joie, de la peur, de la spiritualité, de l’amour et la culture. Cet album a ouvert mon esprit, et je me suis même inspiré d’Orphaned Land quand j’ai créé le groupe Sandemonium dans Red Roots.

Watershed d’Opeth : Comme beaucoup d’autres albums cités, cet album et Opeth m’ont démontré à quel point le Metal pouvait être varié, et faire vivre des émotions de toutes sortes.

More Constant Than the Gods de Subrosa : de l’essence de mélancolie. La couleur noire diluée dans une musique qui te fait vibrer les tripes et le cœur. Le temps s’arrête et l’infini s’ouvre à moi quand j’écoute cet album.

Sur les Falaises de Marbre de Glaciation : du Black Metal comme je l’aime : douloureux, désarmant, envoûtant, effrayant presque quand tant d’émotions se libèrent.

UN TRES GRAND MERCI ENCORE POUR CETTE INTERVIEW, CE FUT UN HONNEUR, JE VOUS LAISSE LE MOT DE LA FIN…

Je donne rendez-vous à tes lecteurs sur les festivals de l’été (Hellfest, Sylak, Motocultor, etc…) pour une rencontre « en chair et en masque ».

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S(A)AD JONES,

AUTEUR DES ROMANS METAL VIOLENT INSTINCT, RED ROOTS ET DARK DESIRES

www.saadjones.com