Violence et Canidés : Vertèbres – Morgane Caussarieu

Par Verveneyel

Après avoir été kidnappé par une mystérieuse femme à barbe dans une camionnette, le petit Jonathan revient méconnaissable dans son minuscule bled en bord de mer. Le petit ne dit pas un mot, et son corps se transforme d’une manière très étrange ; une transformation qui va entrainer ses amis et sa mère dans une étrange histoire pleine de sang, et de remises en question.

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De but en blanc, l’atmosphère du roman de Morgane Caussarieu, notre étoile montante de l’horreur, est un pur bonheur pour tous ceux qui aiment l’ambiance gentiment nostalgique de tous ces films d’horreur où l’inhabituel vient perturber le train-train d’une petite ville paumée et ordinaire. Les fans de "It", "Horribilis", "Les Vampires de Salem" ou du "Village des Damnés", ramenez vos fesses, c’est par là que ça se passe !

Pour quiconque a vécu ne serait-ce qu’une année dans les années 90’s, c’est un délicieux retour dans le passé qu’on nous offre, à travers le regard de deux femmes ou presque : Sahsa, la meilleure amie de Jonathan, l’enfant enlevé, et Marylou, la mère du même Jonathan. Je dis "ou presque", parce que Sasha, renie de toutes ses forces sa féminité. Grandissant en marge de son monde ennuyeux, au milieu d’individus toxiques, son plus proche compagnon est Megazord, un pit-bull, elle rêve d’ailleurs, et elle se rêve autrement, libre. C’est un personnage savoureux tant il est Punk, et tant il sonne vrai.

Je vais essayer d’en dire le moins possible, mais c’est un livre que j’ai littéralement dévoré, en une journée. Le rythme constant des points de vue entre Sasha et Marylou maintient le récit dans un dynamisme soutenu. Ces narrateurs ne sont pas toujours pleinement honnêtes avec eux-mêmes, ce qui occasionne des questions, du mystère qui va vous inviter continuellement à en lire plus. L’horreur monte graduellement, en on descend de plus en plus profondément dans le sordide, le malsain, le dégoutant, le désespoir. Car c’est un livre violent, parfois gore, qui vous mettra mal à l’aise et où la vertu peine à exister. Même l’innocence de l’enfance est corrompue, et de toute manière, elle finit par disparaître. "Vertèbres", c’est un roman habité par la rage, le mal-être, la frustration.

Pour ceux comme moi qui aiment décortiquer ce qui se cache sous la surface, j’ajouterai que le roman réussit à rendre son loup-garou (c’est sur la couverture, je ne spoile rien) crédible et frais alors même que la créature est vieille comme le monde. Ses caractéristiques sont originales, parfois assez surprenantes. Les thèmes classiques de la transformation du corps sont traités avec une savoureuse brutalité, tant sur le côté grotesque que sur le plan mental. Les fans de Cornenberg et Julia Ducourneau seront à la maison ! C’est aussi un excellent roman sur l’identité, ce qu’on est, ce qu’on veut être, ce qu’on veut donner l’impression d’être, ce que les gens pensent qu’on est, et ce qu’on est vraiment pour les autres. Tout ça barbottant dans un marigot de relations échelonnées par degrés de toxicité, du moins affreux au plus ignoble.

C’est une de mes meilleures lectures horrifiques de ces dernières années, à lire d’urgence.