INTERVIEW : Thomas Ponté

Par Mika Hell

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L’ECRITURE ET LE METAL , C’EST UNE CHOSE TOUT A FAIT NORMAL POUR UN HUMBLE REDACTEUR COMME MOI , EN RECEVANT LE TRES BON LIVRE DE THOMAS PONTE, RIGOR NOCTIS , JE ME DEVAIS D’EN SAVOIR PLUS SUR L’AUTEUR DE CE LIVRE PARLANT DE BLACK METAL ET BIEN PLUS ENCORE.

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TOUT D'ABORD UN TRES GRAND MERCI POUR CETTE INTERVIEW ACCORDEE A BLASTPHEME, POURRIEZ-VOUS VOUS PRESENTER POUR COMMENCER ?

C'est avec plaisir, merci à toi ! Alors pour commencer, je vais me situer géographiquement : je vis au pays basque, ma terre natale, et à part ça je suis comme les types qu'on retrouve dans les faits divers, je suis sans histoire. J’écris plus ou moins depuis l'époque du collège (BD toutes pourries, paroles...), mais c'est devenu plus "sérieux" depuis une dizaine d'années.

TON PREMIER PUBLIE EST " LES PARTIES HONTEUSES " EN 2014 AUX EDITIONS ASTOBELARRA/ LE GRAND. Y A- T-IL UNE PRESSION PARTICULIERE POUR SA PREMIERE OEUVRE ? AVEC LE RECUL, COMMENT JUGES-TU CET OUVRAGE ?

Non, pas vraiment de pression, à part celle de se faire rembarrer une énième fois par un éditeur. Mais une fois passé ce cap, il est plus question d'impatience et d'excitation. Voir que son boulot va enfin sortir et prendre forme physiquement c'est vraiment quelque chose !

La pression se manifeste davantage pour les suivants parce qu'avec quelques lecteurs qui commencent à te suivre tu sens comme une attente. Et tu ne veux pas décevoir...

"Les parties honteuses" c'est un peu comme une démo ; il est assez court et direct. Il est loin d'être parfait, mais il a pas mal plu. Avec le recul j'aurais bien aimé l'étoffer, mais finalement je pense que son effet "coup de poing" lui va bien !

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D'OU VIENT L'INSPIRATION POUR VOS LIVRES ? CERTAINS AUTEURS ONT TENDANCE A REPONDRE DE LEUR VIE OU LEURS EXPERIENCES, C'EST LE CAS POUR VOUS EGALEMENT ?

Effectivement, il y a de ça ; quand on écrit on vampirise un peu le monde et on le passe à la moulinette pour en faire ce qu'on veut. Mais l'inspiration peut aussi aller se chercher dans les rêves (rarement en ce qui me concerne) ou dans les divagations de l'esprit ! Après, quand un bouquin est entamé, il a tendance à se nourrir de lui-même.

"ESSENCES ORDINAIRES" EST VOTRE DEUXIEME OUVRAGE, POURRIEZ-VOUS NOUS PRESENTER CE LIVRE ? QUELS SONT LES THEMES ABORDES ?

Dans "Essences ordinaires" on suit un perso/narrateur qui vit une sorte de crise la trentaine avec ses ratés, ses remords et ses ruminations. C'est un type lambda avec ses problèmes d'occidental ordinaire. Le thème principal en est l'échec et les façons qu'on a de se trouver merdique ou simplement bizuté par la vie. Ce roman n'est pas thrash comme les trois autres, mais ça reste quand même plutôt comique et rentre-dedans. Pas mal de personnes m'ont dit s'être reconnues dans le perso. L'idée était de tourner en ridicule certains de nos travers. J'en ai eu d'assez bons retours, même si d'autres ont peu apprécié le côté "dépressif". En bref, c'est une comédie pour râleurs !

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ON EST TOUT DE MEME SUR BLASTPHEME DONC ON AIMERAIT BEAUCOUP SAVOIR COMMENT EST NE VOTRE PASSION POUR LA MUSIQUE METAL ?

Ah, ça vient de loin ! Comme beaucoup, ça a commencé à l'adolescence, l'âge des passions ! À l'époque je faisais avec les k7 qu'on me passait. Du Nirvana, du punk, du Metallica... Puis très vite, j'ai pu découvrir qu'il existait plus sombre, plus brutal avec plus de disto et de bonnes gueulantes, des atmosphères... Notamment grâce aux samplers dans les mags. Et une fois mordu par le metal (essentiellement extrême dans mon cas) on en sort plus. C'est comme les cacahuètes : quand tu commences, tu peux plus t'arrêter ! Surtout avec le black en ce qui me concerne. Quand on est môme, le visuel est hyper important. Si on y ajoute la mystique qui l'accompagne, on a un truc imparable qu'on ne peut plus lâcher !

CELA NOUS AMENE EVIDEMMENT A UN LIVRE QUE J'AI PARTICULIEREMENT AIME RIGOR NOCTIS. POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE CE LIVRE QUI EST DANS L'UNIVERS DU METAL EXTREME ET DE L'OCCULTISME (ENTRE AUTRES) ?

Voilà de quoi illustrer ce dont je parlais plus haut : ça a commencé avec une divagation. Un soir, ou un matin (en tout cas il faisait nuit), je me suis dit "ce serait cool un film où il se passe telle ou telle chose". Exactement comme on peut faire entre potes lors d'une soirée, on part sur des délires en sachant qu'ils ne verront jamais le jour. Ce n’était pas censé aller plus loin, puis j'ai pensé que je pourrais réaliser le délire moi-même sans avoir à fantasmer sur le réalisateur idéal. "Allez hop, je vais essayer de l'écrire".

Là encore, on retrouve les thèmes de l'échec et de la frustration avec un groupe de black amateur, des gars un peu paumés qui rêvent d'atteindre un statut de groupe culte alors qu'ils ne s'en donnent pas les moyens. Une rencontre va leur permettre d'avancer d'un poil, mais rien ne se passe comme prévu et la galère tourne au cauchemar...

Tout ça est traité par le filtre de la comédie, mais l'humour y est noir, de même que la noirceur ou la violence sont teintés de comique. On est à 666 lieues de Pop Redemption !

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BEAUCOUP D'HUMOUR NOIR ET UNE VIOLENCE DANS LES MOTS ASSUMEE, POUR NOTRE PLUS GRAND PLAISIR. ON DIRAIT DU FREDERIC BEIGBEDER VERSION METAL ! Y A-T-IL DES AUTEURS DONT TU T'INSPIRES OU QUE TU VENERES POUR LEURS STYLES D'ECRITURE ?

Je n’ai pas vraiment de modèle, mais je suis obligé de citer Céline quand même parce qu'en le découvrant j'ai aussi découvert une liberté de ton et de style que j'avais à peine osé utiliser pour mon premier roman. Céline parlait de la "petite musique" que chaque auteur peut développer ; j'essaye de m'en tenir à la mienne sans être influencé par des références. J'ai récemment découvert Edgar Hilsenrath qui a, tout comme Céline, un style très affirmé. C'est un auteur que j'apprécie aussi beaucoup. Pour l'un comme pour l'autre, la façon de raconter les choses prime sur l'intrigue. À mon sens, un bon style (quelque soit le sujet) vaut mieux qu'une bonne histoire mal racontée.

POUR MOI, GRAND LECTEUR, TON STYLE EST IDENTIFIABLE DANS LE BON SENS DU TERME. MAIS TRAVAILLES-TU SUR UNE NOUVELLE HISTOIRE EN CE MOMENT ? UN PROCHAIN ROMAN OU AUTRES ?

Après la sortie de Rigor Noctis j'ai passé presque un an sans écrire. J'ai du mal à me détacher d'une histoire fraîchement terminée, alors j'ai besoin d'une période de carence. C'est un temps nécessaire pour faire le deuil (au sens neutre) d'un univers et pouvoir me consacrer au suivant. Je prends quand même des notes, mais je suis lent au démarrage. Heureusement, j'ai toujours un ou deux projets à peine entamés qui traînent. En général, seulement des premiers jets de quelques pages...

Récemment, je me suis lancé sur un de ces projets, mais ça n'a pas pris. Alors je me suis rabattu sur une autre ébauche qui correspond plus à mon humeur du moment. Et comme le travail de création est bourré de surprises, il est tout à fait possible que je bascule à nouveau sur mon premier choix. Je suis assez bordélique !

TRADITIONNELLEMENT JE DEMANDE TOUJOURS DANS MES INTERVIEWS LES DIX ALBUMS QUI ONT LE PLUS MARQUE DANS LEUR VIE A MES INTERLOCUTEURS...MAIS, ETANT VOUS-MEME ECRIVAIN, VOUS POUVEZ MELANGER LIVRES ET ALBUMS EVIDEMMENT...

Outch, ça va difficile !

Allez, un peu de tout correspondant à plusieurs époques de ma vie :

De Mysteriis dom Sathanas (bien évidemment !)

Antichrist superstar de Manson

In utero de Nirvana

Schizophrenia de Sepultura

Sehnsucht de Rammstein

Ur JordensDjup de Finntroll

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À l'ouest rien de nouveau - Erich Maria Remarque

Voyage au bout de la nuit - Céline

Le portrait de Dorian Gray - Oscar Wilde

Le seigneur des anneaux - Tolkien.

ENCORE UN TRES GRAND MERCI D’AVOIR ACCEPTE CETTE INTERVIEW POUR BLASTPHEME, JE VOUS LAISSE LE MOT DE LA FIN...

Merci à toi ! C'est encourageant de voir que mon travail peut susciter de l'intérêt !

Pour le mot de la fin je reviens un peu sur Rigor Noctis afin de dissiper d'éventuels doutes : il s'agit bien d'une comédie noire mettant en scène des black métalleux et non pas d'un traité, d'une critique ou d'une étude sociologique sur le milieu. J'ai "soigné" tous les personnages du bouquin de la même manière. Je n'épargne personne. Il n'est donc aucunement question de ridiculiser le mouvement ni de le démystifier. Le black n'a pas à être "vendu" au grand public. De même qu'il n'a pas à être sanctuarisé.